L’ICM est un centre de référence au niveau national, spécialisé dans la prise en charge des cancers, quels sont les derniers chiffres concernant le cancer du sein ?
Ça reste le premier cancer féminin avec plus de 58 000 nouveaux cas et 12 000 décès par an. Nous observons quand même un taux de guérison qui augmente et approche les 80 %. Il touche majoritairement les femmes entre 50 et 75 ans, avec une petite augmentation chez les jeunes, entre 20 et 40 ans.
Il n’y a pas un cancer du sein mais plusieurs et donc des pronostics et des traitements très différents. Dans tous les cas, plus le stade est précoce au moment du diagnostic, plus le taux de guérison est important, à plus de 90 %. Il y a par contre des formes, appelées triples négatives, qui sont beaucoup plus agressives et difficiles à traiter.
Octobre rose est le mois de la prévention, en quoi est-ce un enjeu capital ?
Octobre rose est le mois de sensibilisation au dépistage. Cela comprend l’autopalpation et le dépistage de masse pour les femmes entre 50 et 75 ans qui n’ont pas de facteur de risque particulier, en dehors des formes génétiques traitées à part. Il faut absolument encourager ce dépistage systématique tous les deux ans par mammographie. Le dépistage permet de diagnostiquer le cancer à un stade peu avancé. On va donc le guérir dans plus de 90 % des cas et les traitements seront moins lourds, donc avec moins de séquelles. Ce mois de sensibilisation permet aussi de recueillir des fonds pour la recherche, qui reste toujours à financer car il y a encore énormément de progrès à faire, et qui ne peut être complètement couverte par des ressources étatiques. C’est donc aussi l’occasion de créer de la solidarité sur des choses qui concernent tout le monde et qui donnent du sens à l’engagement.
Le dépistage de masse touche combien de personnes en moyenne ?
On est clairement à moins de 50 % de participation et il faut dépasser ces 50 % pour que cela ait vraiment un impact en termes de santé publique et de réduction réelle de la mortalité par cancer.
Comment expliquez-vous ces chiffres ?
On les explique par la crainte du dépistage. On constate aussi que s’il on est issu d’un quartier plus défavorisé, d’un milieu social difficile, ces messages de prévention portent moins. On est en train de mettre en place des bus de prévention pour aller dans ces quartiers et faire passer le message. Il faut aller au contact des gens, voir l’ensemble de la population.
Sur le site de l’ICM, on lit que 40 % des cancers liés à des comportements et à l’environnement pourraient être évités. Quels sont les facteurs de risque ?
En matière de comportement, il s’agit du tabac, de l’alcool, l’absence d’activité physique, le surpoids et l’alimentation. Cela est valable pour beaucoup de cancers et de maladies chroniques. Les risques environnementaux portent sur la qualité de l’air ou de l’eau, les pesticides. Le tabac et l’alcool restent les facteurs de risque majeurs.
Y a-t-il d’autres facteurs de risques ?
Il y a aussi des facteurs de risques propres au cancer du sein, la date des premières règles, le nombre de grossesse, les traitements hormonaux. Tout ça doit être contrôlé et quand c’est bien conduit, ça n’augmente pas forcément le risque.
Nous effectuons aussi des recherches sur le dépistage pour cibler les patientes à plus haut risque, en fonction de certains comportements et de facteurs comme le nombre de grossesse, on sait qu’il y a un risque un petit peu supérieur chez certaines femmes. L’idée est donc de concentrer le dépistage plus sur ces femmes-là qui, quand on agrège plusieurs de ces facteurs, peuvent avoir un sur-risque.
Vous avez évoqué les formes génétiques du cancer du sein comme un traitement à part, qu’en est-il ?
Les formes génétiques proviennent de la mutation, ou pas, du gêne BRCA. En fonction du fait que l’on est porteur de cette mutation, ou pas, on a un risque élevé ou pas du tout. Ce qui est important, c’est de sensibiliser les familles au risque génétique. Il y a une association dans la région, Hérédité cancer, qui travaille dans ce domaine. Lorsqu’un des parents à cette mutation, il faut vraiment passer l’information à l’ensemble de la fratrie et des descendants afin que toute la famille fasse le dépistage de cette mutation. Il est réalisé sur simple prise de sang. C’est très important de sensibiliser toutes les familles lorsqu’un des parents a cette mutation.
L’ICM est également un centre de référence en matière de recherche, quelles sont les dernières avancées dans ce domaine ?
Il y a énormément de recherches sur les cancers. Si on parle de médicament, le développement actuel majeur concerne l’immunothérapie. C’est-à- dire, comment on rend actives les défenses de l’organisme contre le cancer. Le principe d’une cellule cancéreuse, c’est qu’à un moment donné elle va échapper au contrôle immunitaire. Il y a de plus en plus de traitements très efficaces pour certains types de cancer pour aller contrer les cellules cancéreuses par sa propre immunité. On a vu les premiers résultats d’efficacité notamment sur les cancers de la peau, du poumon. L’objectif maintenant est de rendre sensible un maximum de tumeurs à des traitements par l’immunothérapie.
Par ailleurs, dans le cadre de notre labellisation Site de Recherche Intégrée sur le Cancer, l’équipe de Montpellier travaille avec d’autres structures sur une compréhension plus précise de l’écosystème de la tumeur. On arrive à caractériser, de plus en plus finement, l’ensemble de ces cellules qui constituent la tumeur. Par exemple, il y a des cellules qui permettent aux cellules cancéreuses d’avoir de l’énergie. On commence à avoir des stratégies pour couper ce circuit et empêcher les cellules cancéreuses de capter l’énergie de leur environnement. Elles vont donc se détruire par manque d’énergie. Nous avons acquis des technologies très puissantes dans notre centre de recherche pour travailler là-dessus.
On entend souvent parler de rémission, est-ce qu’on guérit d’un cancer ?
Oui, actuellement on peut dire que globalement on guérit à peu près 60 % des cancers. C’est un chiffre global, avec des différences selon les cancers. On espère arriver bientôt à 70 %. Selon les cancers, on peut avoir des récurrences plus ou moins longtemps après la période de rémission mais, oui, on guérit d’un cancer. Il y a des patients qui n’ont plus besoin de surveillance.
Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
En dehors de tous ces traitements, nous développons de plus en plus à l’ICM les soins de support. C’est très important car trop de patients atteints d’un cancer sont dénutris, ont des douleurs, sont dépressifs, ont de problèmes de sexualité, etc. Tout cela doit aussi être pris en compte dans la prise en charge pour améliorer la qualité de vie pendant la maladie, mais aussi pour améliorer les traitements parce qu’un patient dénutri va moins bien réagir qu’un patient qu’on a bien nourri.
On développe un grand projet depuis 3-4 ans à l’ICM, qu’on appel Novasein, qui est un projet de réhabilitation à la fin du traitement, où les femmes ont eu en général des rayons, de la chirurgie, de la chimiothérapie. À la fin de ce parcours, on fait un diagnostic des besoins en soin de support : nutritionnel, esthétique, sexuel, sociaux, psychologiques, etc. En fonction de ces besoins, on fait un programme personnalisé avec des séances de kiné, de l’activité physique, etc. Ces soins sont un peu le 4ème pilier thérapeutique, en dehors de la chirurgie, des rayons, de la chimio. De manière générale, ils sont très importants, pendant ou après les traitements, pour réhabiliter, remettre dans la vie la plus normale possible les patients, notamment les femmes mais cela concerne aussi d’autres cancers qui touchent les hommes.